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Rencontre avec Jean-Baptiste Drachkovitch (à droite sur la photo), co-dirigeant depuis 2010 avec Pascal Bernard de la société Langlois-Martin, dernier fabricant de paillettes de France. L’entreprise, fondée en 1919, a quitté la région parisienne en septembre 2018 pour s’installer dans l’Orne, sur la commune de Saint-Ouen-sur-Iton. Dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine, la manufacture ouvre pour la première fois ses portes au public.

Nous sommes le dernier fabricant français de paillettes (…) et le seul au monde à proposer la fabrication en acétate de cellulose

Langlois-Martin, c’est quoi ?

Nous sommes le dernier fabricant français de paillettes, pour la mode, la broderie et le textile, à destination du prêt-à-porter et de la haute couture. Langlois-Martin a été fondée en 1919, mais notre savoir-faire remonte à 1869 puisque nos techniques et nos plus vieux outils datent de cette époque. Au fur et à mesure des rachats successifs, nous sommes restés les derniers. Depuis 2007, nous sommes labellisés Entreprise du Patrimoine Vivant. 

 

Qu’est-ce qui fait son originalité, sa force ?

Au fil des rachats, nous avons pu collecter pratiquement la totalité des outillages anciens, ce qui nous permet d’avoir une collection unique au monde de plus de 5000 formes différentes, plates ou en relief. Ces motifs ayant été utilisés au moins une fois dans une création de haute couture depuis le siècle dernier, tous les modèles font partie des archives des différents brodeurs Français ou internationaux, que nous pouvons produire à la commande. Nous sommes également la dernière maison à proposer des coloris à l’échantillon, c’est-à-dire au plus proche d’un tissu, d’un morceau de papier ou d’un coloris ancien, en petite quantité. L’autre aspect, c’est qu’en cumulant les 5000 formes avec les 1600 couleurs et les différents estampages, nous pouvons proposer jusqu’à 25 millions d’articles. Nous sommes également le dernier fabriquant au monde à proposer la fabrication en acétate de cellulose c’est-à-dire un « plastique » issu de fibres de bois ou de coton, des matières recyclables et recyclées dans des proportions identiques. C’est très utile parce que nos outils, anciens, préfèrent cette matière, très molle. Et c’est plus vert !

Nous travaillons pour les cinq principaux brodeurs français, mais également des maisons de broderie étrangères d’Italie, d’Espagne, ou à New-York

Quel est le profil de votre clientèle ?

Nous travaillons pour les cinq principaux brodeurs français, mais également des maisons de broderie étrangères d’Italie, d’Espagne, ou à New-York. Depuis les années 2000, avec l’explosion des ateliers de production à l’étranger, les maisons de prêt-à-porter de luxe s’adressent également à nous pour acheter les matières avant de les distribuer à des brodeurs sous-traitants, souvent à l’étranger. Nous avons également une clientèle de petits ateliers, de particuliers, qui s’adonnent à la broderie grâce au développement de notre site internet de vente de détail : https://www.paillettesetbroderie.com/

Pourquoi avoir choisi la Normandie il y a 3 ans ?

Les locaux à Noisy-le-Sec commençaient à être vieillissants et nous n’étions pas propriétaires des murs. Nous souhaitions acquérir un bien qui puisse offrir suffisamment d’espace pour notre production et des caractéristiques patrimoniales pour valoriser le savoir-faire de notre métier. Nous sommes tombés sous le charme d’un gros manoir du XVIIIème, près de L’Aigle, un lieu qui présentait déjà beaucoup d’éléments structurels utilisables. La situation est idéale : L’Aigle n’est qu’à 1h15 de Paris, ce qui est pratique pour nos clients étrangers. 

L’une des raisons qui nous a poussés à nous installer en Normandie était le projet d’ouvrir un musée, à la manière de Bohin

Pas de regrets ?

Absolument pas ! Nous sommes vraiment contents d’avoir quitté la région parisienne : nous avons plus de place, un cadre de vie différent, et nos clients sont ravis de venir en Normandie et de sortir du cadre parisien quand ils viennent nous voir. La pression fiscale étant moins forte ici, nous avons également pu traverser la crise économique face au Covid… A Paris, nous aurions dû trouver des solutions difficiles.

Humainement, c’est également plus facile : nos salariés ont un environnement beaucoup plus agréable pour vivre et travailler… 800 m2 à 6 personnes, ce ne sont pas les mêmes contraintes que des bureaux à Paris.

Quels sont vos projets ?

L’une des raisons qui nous a poussés à nous installer en Normandie il y a trois ans, était le projet d’ouvrir un musée, à la manière de Bohin. Le musée est aujourd’hui en stand-by à cause de la situation sanitaire, mais toujours à l’ordre du jour. Nous attendons simplement que la reprise économique soit vraiment là, surtout pour nos clients.

C’est aussi pour cela que nous avons décidé d’ouvrir les portes des ateliers dans le cadre des Journées Européennes du Patrimoine. Nous souhaitons valoriser notre savoir-faire et le montrer au grand public. C’est aussi l’occasion de communiquer sur le côté environnemental de notre fabrication et les valeurs artisanales de notre entreprise.

Que pourra-t-on découvrir lors de ces portes ouvertes ?

Ce sera une visite guidée d’une heure, par groupe de 10 personnes. Nous montrerons le processus de fabrication, depuis la coloration des matières jusqu’au découpage, avec des démonstrations à chaque étape. Tout se fera in situ, au cœur de nos ateliers. Une précision importante : les enfants de moins de 10 ans ne sont pas autorisés pour des raisons de sécurité.

 

 

EN BREF

Portes ouvertes Manufacture de paillettes Langlois-Martin, Haras du Buat, 61300 SAINT-OUEN-SUR-ITON. Vendredi 17, samedi 18 et dimanche 19 septembre de 10h à 18h. Entrée 5 euros, réservation recommandée. 14 visites par jour sont prévues par groupe de 10 personnes. Contact : 02 33 84 88 69 – info@pailletteslangloismartin.fr

 

150 ans de savoir-faire : si la Maison Langlois-Martin a été fondée en 1919, son savoir-faire remonte au début du siècle précédent !

 

25 millions d’articles proposés par la Manufacture Langlois-Martin, grâce à ses 5000 références déclinables en 1600 couleurs !

 

1200 m2 d’ateliers de production seront aménagés au domaine du Buat situé sur la commune de Saint-Ouen-sur-Iton, près de L’Aigle.

 

70 fabricants de paillettes entre 1900 et 1939 en France… 1 seul en 2021 !

Dates-clés

1919 : Messieurs Saint-Martin et Langlois reprennent la fabrique de paillettes tenue depuis 1901 par Charles Averseng

1935 : Marcel Langlois s’associe avec Renée Martin, sa belle-sœur : la société prend le nom de Langlois-Martin

1947 : Ils ne sont plus que 10 fabricants de paillettes en France

1961 : Création de la SARL Langlois-Martin

1971 : 10 ans après la création de la SARL Langlois-Martin, Jean Langlois entre dans la société.

1976 : Langlois-Martin rachète les maisons Henri Rech et Alexandre Lecoq, avant-dernières manufactures de paillettes.

1977 : Pierre et Anne Langlois rejoignent respectivement leur frère et leur père dans l’entreprise.

2001 : Langlois-Martin rachète la société Seler, devenant de ce fait, la dernière fabrique de paillettes de France.

2010 : La société Langlois-Martin est rachetée par la SAS D.Thomas, dirigée par Jean-Baptiste Drachkovitch, ancien brodeur et son associé Pascal Bernard.

2018 : installation dans l’Orne

 

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