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©FNCF

Après la réouverture des salles le 19 mai dernier, et en attendant la prochaine étape qui marquera la capacité pleine et entière des cinémas à accueillir les spectateurs, rencontre avec Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF) et fier Normand ! Tendances, enjeux, sorties… on fait le point sur le présent et l’avenir du 7ème art !

 Il y a encore des gens qui vont avoir quelques réticences à aller au cinéma, d’autres qui se sont déshabitués et qu’il va falloir séduire à nouveau… un gros travail de séduction du public nous attend.

Comment se porte le secteur en France ?

Cela redémarre : il ne faut pas crier cocorico mais les salles sont rouvertes, elles ont réalisé 5,3 millions d’entrées depuis le 19 mai, ce qui est plutôt très bien, dans un contexte de couvre-feu et de jauges. Cela montre que le public a toujours envie de cinéma, ce qui est pour nous le plus important. Même les jeunes sont là. Nous attendons le retour un peu plus massif des blockbusters américains mais les Français, et les Normands par ailleurs, sont particulièrement attachés à leur salle de cinéma et c’est tant mieux !

 

Quelle conséquence la fermeture des salles a-t-elle eue ?

L’économie des salles de cinéma, c’est une industrie lourde. Une salle de cinéma, il lui faut un certain volume de ventes pour pouvoir travailler. En 2019, nous avons fait 213 millions d’entrées : il est probable que nous allons atteindre 180-190 millions assez facilement mais même à ce nombre de spectateurs, on ne sera pas sauvés. Ce qui nous permet d’envisager des investissements, ce sont les quelques entrées que l’on fait au-dessus… et que nous ne sommes pas sûrs de pouvoir récupérer tout de suite. Mais prenons le temps, il s’agit de mesurer l’enjeu. Dans tous les cas, les voyants sont au vert : les spectateurs sont là, les films sont là, et ce sont nos deux piliers.

Est-ce une tendance générale ?

Nous avons de la chance d’avoir le modèle français : le secteur a par exemple beaucoup de mal à redémarrer en Espagne, en Allemagne, ou aux États-Unis. Pour l’instant, en France, toutes les salles ont rouvert. Nous en avons même ouvert une bonne vingtaine de plus qu’à la fermeture, suite à des travaux. En Normandie, c’est le cas à Pont-Audemer et Dieppe par exemple. Ce sont plutôt des bonnes nouvelles !

 

Le cinéma est un loisir addictif : plus on va au cinéma, plus on a envie d’aller au cinéma. Cela se ressent, cela s’explique mais surtout, cela se vit.

L’été n’est pas forcément propice au retour en salles… Quelle est la tendance des mois à venir ?

L’été va être très particulier ! C’est habituellement une saison des blockbusters (film à gros budget, dont la sortie s’accompagne d’une importante campagne publicitaire NDLR) américains, qui ne s’enchaîneront qu’à partir de la rentrée. Le seul de l’été sera Black Widow, la nouvelle franchise Marvel, début juillet. Ce qui est le plus surprenant, c’est que nous allons avoir des blockbusters français : OSS 117, Kaamelot, deux films aujourd’hui très attendus. On peut également noter la sortie de Bac Nord, Eiffel, Un autre monde… cela va être un été très français et c’est aussi une très bonne nouvelle !

Comment rattrape-t-on le temps perdu ?

Il y a toujours beaucoup de films : c’est la force de la France. Les piliers du modèle français sont les films et les salles. Par rapport aux 400 films annoncés, on estime une cinquantaine de films en plus, ce qui n’est pas impossible à absorber, avec au minimum, une dizaine de films par semaine. La chance que nous avons actuellement, c’est la « faiblesse » du cinéma américain, qui occupe très peu d’écran, alors qu’il occupe habituellement la moitié des parts de marché et la moitié des séances.

 

Et puis les choses vont se repositionner puisque le festival de Cannes arrive : il a une vraie importance.

N’oublions pas non plus que nous sommes le seul pays à avoir continué à tourner. En Normandie par exemple, il y a eu de très beaux tournages. A notre niveau, pour les salles normandes, c’est important : par exemple, le film Ouistreham, tourné à Caen, adapté du livre de Florence Aubenas, et réalisé par Emmanuel Carrère, va faire l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs. Il y a également le film de Xavier Beauvois, Albatros, qui était présent au précédent festival de Cannes, entièrement tourné dans la région. Ce sont de gros films qui valorisent la Normandie.

 

C’est un très beau territoire à filmer, avec les infrastructures nécessaires qui permettent d’accueillir énormément de tournages

Justement, En quoi le territoire normand est-il attractif ? Qu’est-ce qui fait sa force ?

La force du territoire normand, elle tient à plein de choses. Sa diversité par exemple : des plages de sable comme de galets, des falaises et des vallées, des environnements très industriels, des corps médiévaux, des abbayes… Et tout ça, à 1h30 de Paris. C’est un très beau territoire à filmer, avec les infrastructures nécessaires qui permettent d’accueillir énormément de tournages. Nous avons des choses à montrer mais également énormément de talents : des techniciens qui sont capables de réaliser de très belles choses, et des dispositifs pour faire émerger les courts-métrages documentaires, les courts-métrages de fiction, via Normandie Images. Nous sommes une région très touristique mais également une région monde : on peut par exemple mentionner deux épisodes de Lupin, produit par Netflix, entièrement tournés en Normandie. Pour la visibilité de la région, c’est exceptionnel et pour les salles de cinéma, c’est du pain béni parce que les Normands aiment la Normandie – j’en suis persuadé – et ils aiment aller voir la Normandie au cinéma.

Sur le tournage du film Tempête, fin mai, sur les plages normandes ©Maxime Delauney - Nolita Cinéma

Concernant la reconquête de certains publics qui pourraient bouder le cinéma, quelles sont les pistes ?

Si on ne découvre pas le cinéma jeune, on ne le découvre plus. Il y a donc un vrai enjeu à l’éducation aux images, aux cinémas. Il y a de très beaux dispositifs qui existent à tous les niveaux scolaires.des dispositifs transversaux, comme passeurs d’images, un travail sur les publics empêchés… L’enjeu, aujourd’hui, est de réinventer ces dispositifs afin que tous puissent découvrir le cinéma – son volet récréatif comme éducatif. Apprendre à lire des images, comment les décrypter, comment on peut y voir du vrai, du faux… c’est un enjeu capital dans le monde d’aujourd’hui.

 

La deuxième piste, c’est de donner l’envie. C’est donc être en mesure de continuer à développer la qualité de nos établissements comme la qualité de l’offre. Il faut que nous ayons les moyens d’investir dans les cinémas, partout. En Normandie, le territoire est parfaitement irrigué, avec une très bonne densité. On se doit cependant de continuer à les rénover, pour être dans l’excellence.

 

La troisième piste consiste à ponctuer toute l’année de moments importants. Nous avons fait la campagne d’ouverture, en 2020, Je reviens te chercher, qui a été très suivie et il va y avoir la fête de la cinéma (du 30 juin au 4 juillet NDLR). En Normandie, nous réfléchissons également à faire un week-end ou une semaine, en septembre, autour du cinéma normand, avec, pourquoi pas, de grandes avant-premières, des opérations de promotion… Des pistes sont à l’étude.

Quels sont les enjeux ?

Nous avons un produit exceptionnel : il n’y a pas de plus bel endroit pour voir un film qu’une salle de cinéma. Mais ce n’est plus le seul. Si l’on veut garder ce côté premium, il faut que nous réfléchissions sur la fidélisation, sur l’accès, sur la mobilité, sur le confort, sur l’accueil… Aujourd’hui, le spectateur est exigeant, il veut en avoir pour son argent et il a raison. Cet arrêt de 300 jours, hallucinant, doit nous obliger, professionnels, à nous reconcentrer sur nos fondamentaux : remettre les spectateurs et les films au cœur de notre réflexion. Il faut lui faciliter la venue. Par exemple, quand on conçoit aujourd’hui un cinéma, on doit prendre en compte la mobilité : c’est impératif d’offrir la possibilité d’aller au cinéma à vélo, de s’y garer.

Je suis persuadé que le cinéma n’est pas mort, parce que le public adore ça. C’est un lieu de convivialité, de proximité, et un des premiers lieux de liberté. C’est notre bien le plus précieux, il faut donc qu’on travaille pour conserver le public : que l’on puisse investir, que nos établissements soient plus accueillants, il faut que l’expérience soit encore plus forte et, derrière, qu’il y ait une diversité de films, divertissants, éducatifs ou les deux…

 

On se retrouve avec des films intelligents, des films à message qui font objectivement du public (…) La diversité de notre public va aussi se retrouver dans ces propositions.

Avez-vous observé une évolution des tendances, des goûts ?

Dans la cinéphilie du public aujourd’hui, les choses ont évolué. Tenet et 1917, les deux plus gros films de 2020, sont certes des blockbusters anglo-saxons, mais ne sont pas des films évidents. Il y a également une réelle nouvelle vague du cinéma français. On se retrouve avec des films intelligents, des films à message qui font objectivement du public. Antoinette dans les Cévennes a fait presque 1 million de spectateurs, c’est un magnifique succès. Il y a aussi des réalisateurs et réalisatrices de la diversité qui ont des choses à nous raconter – comme avec Les Misérables, il y a deux ans. Prochainement, je pense à Aline, de Valérie Lemercier – qui habite d’ailleurs en Normandie. C’est un biopic sur Céline Dion – on ne peut pas faire plus populaire – mais c’est avant tout le regard d’une femme sur une autre femme, avec une vraie tendresse. Parallèlement aux blockbusters, il y a également des films comme Villa Caprice, le Discours, ou encore 5ème Set, qui ont des choses à dire… La diversité de notre public va aussi se retrouver dans ces propositions.

Un dernier message pour les Normands cinéphiles ?

Quel que soit votre âge, si vous avez des histoires à raconter, lancez-vous ! Il y a plein de dispositifs qui existent, notamment chez Normandie Images, comme l’aide à la première œuvre, qui est très bien doté. Il existe également un très bon concours de scénario, dans l’Eure.

Au-delà de ça, il ne faut jamais lâcher. C’est beaucoup plus facile qu’il y a trente ans. Aujourd’hui, avec un téléphone portable ou un appareil photo, on peut faire un film. Si vous avez envie de raconter des histoires, allez-y ! Et si vous émergez, si vous avez du talent, ne vous inquiétez pas, on vous trouvera !

Bon à savoir

  • En France, on compte 2045 établissements et 6114 salles.
  • En Normandie, on recense 103 établissements et 292 salles, soit 59 988 fauteuils, et 93 communes équipées. En plus des salles fixes, il existe trois circuits itinérants, qui vont dans les territoires les plus reculés – soit 170 communes touchées par le 7ème art !

 

  • Habituellement, le cinéma américain en France représente 50% des sorties, les films français, environ 40% et les films d’autres nationalités, environ 10%.

 

  • La saison des blockbusters américains débutera réellement à la rentrée de septembre : on attend notamment Dune de Denis Villeneuve ; Stillwater avec Matt Damon ; le prochain James Bond ; Venom ; le 2ème volet de la Famille Addams ; Cry Macho, le prochain Clint Eastwood ; Top Gun ; le prochain Disney pour les fêtes, West Side Story par Spielberg ; Spiderman ou encore Matrix.

 

 

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