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A 35 ans, Axel Montagne, originaire de Saint-Lô, dans la Manche, vient d’obtenir le Prix Européen Jeune Chercheur-SCOR 2021 attribué par la Fondation Recherche Alzheimer : une première pour un Français. L’objet de ses recherches ? Les causes et les effets du dysfonctionnement de la « barrière hémato-encéphalique » qui isole le système nerveux central de la circulation sanguine. Cette barrière empêche notamment que des substances toxiques ne pénètrent dans le cerveau, comme peut l’être l’amyloïde, responsable de la maladie d’Alzheimer. Portrait d’un Normand innovant !

Questionnements et choix

17 ans à Saint-Lô. A part une certaine appétence pour les sciences et le sport, comme de nombreux jeunes de son âge, Axel Montagne ne sait pas exactement ce qui l’attend après son bac scientifique. « J’hésitais avec la fac de sport – j’ai choisi biologie et je crois que j’ai bien fait » commente Axel en riant. C’est donc l’université de Caen qui l’accueille en septembre 2004, pour une licence avec option neurosciences en dernière année. « Je voulais comprendre comment fonctionnait un cerveau, et pourquoi il dégénère avec l’âge » explique le jeune homme. La passion menant bien souvent aux plus grandes réussites, le master en biologie de la santé le voit terminer premier de sa promo. « Moi qui n’étais pas très studieux, c’est là que j’ai appris à étudier. » En fin de master 1, nouvelle hésitation : parcours recherche menant au doctorat ou parcours professionnel ? « J’étais parti pour un parcours pro : la recherche, ça fait peur : c’est long, difficile… »

« Je voulais m’intéresser au cerveau, cela me fascinait »

Mais l’opportunité d’un stage, pendant l’été 2008, au sein de la plateforme d’imagerie Cyceron, « l’un des plus gros labos en AVC d’Europe et reconnue dans le monde », fait basculer ses certitudes. Echanges passionnants, petites expérimentations… conquis, Axel s’engage sans regret dans la voie de la recherche : il fera un doctorat. Il est alors embauché par le célèbre chercheur et professeur en neurosciences Denis Vivien, pour 3 ans de thèse au sein de Cyceron, financée pour partie par la Région et l’autre par l’industrie Guerbet, groupe pharmaceutique spécialisé dans les produits de contraste pour IRM (Imagerie à Résonnance Magnétique). « On travaillait sur les AVC (Accidents vasculaires cérébraux), on essayait de comprendre comment les neurones meurent après l’occlusion d’un vaisseau » se souvient Axel, qui s’intéresse particulièrement aux moyens possibles de protéger les neurones.

Faire ses preuves à l’international

Sa thèse, prolifique, qu’il soutient en octobre 2012, le conduit à publier le résultat de ses expériences. Comme tout chercheur, Axel se doit en effet de publier des articles dans des revues spécialisées afin de se faire un nom. « L’idée est de faire des expériences et faire paraître ces nouvelles données dans les journaux les plus prestigieux – nous sommes examinés par nos pairs, issus du même domaine » explique-t-il. Un parcours bien souvent de longue haleine – les revues – françaises, internationales – sont en effet classées selon le facteur d’impact, qui mesure l’importance d’un journal scientifique en fonction du nombre de citations reçues dans une année.

« J’étais au bon endroit au bon moment »

Ses trois premiers articles – dans des revues plutôt bien classées, lui permettent d’atteindre son objectif : faire un post-doctorat à l’étranger pour apprendre de nouvelles choses. S’il rentre en contact avec plusieurs laboratoires l’été 2012, il est particulièrement intéressé par celui du professeur Zlokovic, installé à Los Angeles, et accessoirement parmi les trois pointures mondiales de la recherche sur la maladie d’Alzheimer. « J’étais quasiment sûr de ne pas être accepté, mais il cherchait quelqu’un avec de l’expérience en AVC, sur la biologie vasculaire et spécialiste en IRM… J’ai été pris ! C’était un coup de chance, voire un coup du destin » affirme Axel, qui, comme tout bon Normand, est peu enclin à se faire des fleurs.

Alzheimer et projets parallèles

Janvier 2013. A 27 ans, fraîchement marié, le Caennais d’adoption s’envole outre-Atlantique en famille. Comme toute expatriation, la première année est difficile. « Il faut s’intégrer et puis le rêve américain, c’est beau, mais ce sont surtout des mots » analyse-t-il, non sans poésie. De fil en aiguille, on confie au jeune chercheur un projet de recherche consacré à la maladie d’Alzheimer. « Le professeur Zlokovic a lancé l’hypothèse que la maladie démarrait avec une fuite des vaisseaux sanguins cérébraux – et nous avons réussi à le prouver » se réjouit Axel. A l’aide d’outils d’imagerie performants, les scientifiques décèlent notamment ces fuites dans l’hippocampe, la partie du cerveau responsable de la mémoire.

« Grâce à cet article, j’ai pu avoir le poste d’assistant professeur »

En observant qu’elles sont généralement plus importantes chez des personnes avec prédispositions génétiques, ils estiment qu’il est possible de les détecter 20 ans avant que la maladie ne survienne ! Une découverte qui le conduit à signer, en 2015, son premier gros article, dans la revue Neuron, consacré, notamment, au développement de cette nouvelle imagerie à même de détecter les fuites. « C’est l’article à ce jour encore le plus cité, avec plus de 1000 références par mes pairs » s’enthousiasme Axel, qui accède fin 2016, au poste d’assistant professeur à l’Université de Californie du Sud (USC).

Des recherches élargies

La recherche étant – par essence – un processus long, Axel entame ses propres projets en parallèle. L’objectif ? Se bâtir un CV pour développer son labo, prétendre à constituer son équipe et ainsi obtenir des subventions. A l’aide d’articles publiés et de conférences qu’il dispense dans le monde entier, c’est chose faite en 2020, année où il devient professeur agrégé à l’USC. En avril, alors qu’il vient tout juste d’obtenir sa carte verte lui permettant de résider aux Etats-Unis, la Grande-Bretagne le contacte pour lui proposer de prendre la direction d’une équipe de recherche au sein de l’un des sept futurs centres du UK Dementia Research Institute. A la clé, d’énormes subventions pour acquérir une IRM de pointe et faire naître un laboratoire performant spécialisé en biologie vasculaire.

« 7 centres – chacun consacré à un aspect de la maladie – sont en projet en Grande-Bretagne »

Las de la vie californienne – leur Normandie est loin, les incendies font rage, le coût de la vie est très élevé et l’assurance santé quasi inexistante – Axel, sa femme et leur petit garçon de 4 ans n’hésitent que très peu et s’envolent pour Edimbourg, en Ecosse, en novembre 2020. L’objectif ? « On sait que les vaisseaux fuient mais on ne sait pas encore pourquoi ni comment. L’idée est de comprendre pourquoi certaines cellules dégénèrent, ne maintenant plus la barrière entre le sang et le cerveau, et ce particulièrement chez les personnes atteintes d’Alzheimer. » La fuite de ces vaisseaux tuant les neurones et provoquant la démence lorsqu’elle survient au niveau de la mémoire, Axel souhaiterait, à terme, éviter ou bloquer ces fuites, en restaurant, par exemple, les vaisseaux. Un travail essentiel quand on sait que le nombre de personnes atteintes d’Alzheimer triplera d’ici 2050. Sa recherche aurait en outre des impacts potentiels sur plusieurs maladies type Parkinson ou la sclérose en plaques…

Pour aller plus loin :

Les vaisseaux sanguins cérébraux sont constitués de plusieurs types cellulaires. Axel Montagne se focalise notamment sur les endothéliales – qui constituent les vaisseaux, les tubes – et au niveau cérébral, sur les cellules péricytes qui entourent les tubes. Le chercheur veut ainsi montrer qu’ils dégénèrent avec l’âge et que le processus s’accélère notamment chez les personnes atteintes d’Alzheimer ou d’autres démences vasculaires.

 

Notre reportage sur Cyceron : https://choisirlanormandie.fr/cyceron-un-ecrin-dinnovations-au-service-de-la-sante/ 

 

La Fondation Recherche Alzheimer a pour objectif de participer au développement de la recherche dans le domaine de la maladie d’Alzheimer et des syndromes apparentés en France et au-delà des frontières. Dans le cadre de la réalisation de cet objectif, la Fondation a créé en 2011 le Grand Prix Européen de la Recherche. En 2013, a été aussi créé le Prix Européen Jeune Chercheur-SCOR (d’un montant de 10 000€) pour soutenir et encourager un jeune chercheur dont les projets de recherche sont prometteurs. Le Grand Prix européen jeune chercheur 2021 sera officiellement remis à Axel Montagne en 2022, afin de récompenser ses travaux sur le développement de la maladie d’Alzheimer.

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